Après trois romans, je commence à mieux saisir la raison de mes déceptions. Certains diront qu’il est temps que je le comprenne, mais parfois, ça prend du temps de se questionner et de s’observer afin de mieux se comprendre et de pouvoir s’ajuster, pas pour les autres, mais bien pour soi-même.
J’adore les salons du livre. J’aime vous rencontrer, mais mon humeur varie énormément dans la journée. Optimiste et prête à vous parler. Heureuse de voir mes collègues écrivains. Stressée de voir les gens passer sans porter attention aux romans que j’offre. Déçue d’être ignorée par les visiteurs qui ne sont tout simplement pas intéressés par le sujet sur lequel j’écris. Je sais que ça ne plaît pas à tous les lecteurs et je le comprends tout à fait. C’est pourtant un peu difficile pour l’ego.
Immédiatement, je me remets en question. Suis-je réellement une autrice? Est-ce que je suis légitime à cet événement? J’ai l’impression d’être tombée dans un trou noir alors que j’ai mis la même énergie que les autres auteurs dans mes romans. Il suffit d’une personne, puis d’une autre, pour que la joie revienne. L’impression de ne pas être si nulle. Le plaisir d’être présente se réinstalle. Mais pourquoi? Pourquoi ces émotions?
Le sentiment d’être une imposteure. Le besoin de reconnaissance dans cette sphère, par les lecteurs et les autres écrivains. Mais ce qui m’atteint le plus, c’est de décevoir ou de faire perdre son temps à celui qui m’accompagne ou à ceux qui sont présents avec moi pour un événement tel qu’un lancement de livre. Je veux leur prouver qu’ils ont eu raison de croire en moi et en mon roman. Je ne veux pas les décevoir. Je pense beaucoup aux autres.
Je sais que ce n’est pas sain. Qu’il y a énormément d’aspects sur lesquels je n’ai aucun contrôle. Mais malgré tout, l’anxiété, pleine de suppositions fausses, se crée dans mon esprit. Les scénarios se succèdent les uns après les autres. Ce sont parfois des scénarios positifs et d’autres négatifs, mais toujours en lien avec le résultat et non pas avec le plaisir d’être présente, et ce, peu importe le résultat. Et pourtant, je continue à aller à ces rencontres. Encore et encore, car j’aime ce que je fais, j’aime le partager et parler avec les gens.
Rassurez-vous, je travaille cet élément fois après fois. Je me ramène au positif. Aux échanges et aux rencontres. Je me répète fréquemment : je garde ce qui m’appartient et je remets aux autres ce qui leur appartient. Si vous me croisez dans un salon, un sourire, un regard fait toute ma journée, et ce, même si ce que j’écris ne fait pas écho en vous.
Samedi, ce sera le lancement de mon troisième livre. Je me parle et me concentre sur le fait d’avoir du plaisir avec les gens présents. Je prépare ce que je peux et travaille sur l’acceptation de la manière dont les choses se passeront, car la vie est ainsi. Nous n’avons pas le contrôle sur tout et le subir devient lourd. Je vais me concentrer sur les gens qui seront là et sur les échanges que nous aurons, et c’est toute l’importance de cet exercice.

Brigitte Lussier
