Sans fil rouge, pas d’histoire

En tant que lectrice, j’aime pouvoir identifier rapidement la quête que l’on me propose. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit complexe, mais j’ai besoin de savoir dans quelle direction l’histoire m’entraîne. Il doit y avoir ce que j’appelle un fil rouge, celui qui me guide à travers tous les éléments que l’auteur met en place.

Cette direction peut être subtile, mais je n’aime pas me sentir perdue ou abandonnée en cours de route. Je ne veux pas me demander où l’on s’en va. J’ai besoin de pouvoir me raccrocher à cette ligne directrice qui maintient mon attention et nourrit mon intérêt jusqu’à la dernière page.

En tant qu’auteure, c’est précisément cet élément qui détermine l’angle d’attaque de chacune de mes histoires. Bien souvent, je connais déjà le lieu où se déroulera l’intrigue et plusieurs des événements qui s’y produiront. Le véritable défi consiste à découvrir ce que je veux réellement raconter aux lecteurs à travers cet univers. Je suis incapable d’enchaîner une série d’événements sans une direction claire, sans un fondement qui donne un sens à tout ce que je mets en scène.

Parfois, ce fil rouge s’impose dès les premières idées. D’autres fois, il tarde à se révéler. Qui sera réellement dans le pétrin? Quelle est la véritable quête? Où est-ce que je veux conduire mes personnages… et mes lecteurs?

En ce moment, je travaille sur mon cinquième roman paranormal. Je connais le lieu, les personnages et les grandes étapes de la soirée qu’ils vivront. Pourtant, il me manquait encore ce fameux fil rouge. Le défi est toujours de se réinventer, surtout lorsqu’on écrit dans un même univers avec des personnages récurrents. Il faut constamment éviter le piège des structures répétitives.

Cette fois, j’ai trouvé ma quête… en trouvant la fin.

Une fin différente exigeait un chemin différent. Et ce chemin, je l’ai découvert en abordant l’histoire sous un autre angle, en modifiant la dynamique tout en demeurant fidèle aux personnages que les lecteurs connaissent déjà.

Sans ce fil rouge, tout ce que j’écrivais me semblait fade, sans relief. Il manquait cet élément essentiel, celui qui donne une raison d’avancer, autant pour le lecteur que pour l’auteure.

Au fond, je réalise que ce n’est pas seulement l’histoire qui doit trouver sa voie… c’est aussi l’auteure qui doit la découvrir avant de pouvoir y entraîner ses lecteurs.

Brigitte Lussier